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- Quelques mots de Suzanne Hetzel…
Vue de l'intérieur
C’est un titre qui couvre fréquemment mes images en exposition. Il désigne
un point de vue ou les choses extérieures sont parfois assez menaçantes
pour ce que l'on appelle l'univers intime, mais peuvent en même temps être
des éléments d'un changement possible. Il dit aussi ce que je vois dans
les maisons et ce que je peux entendre d'une façon plus incertaine chez
une personne. Vue depuis/à/de l'intérieur cherche dans un territoire où
se manifeste (du lat. manifestus, de manus, main) un soi, et se place pour
voir de quoi sont faits nos liens aux objets dans notre environnement
proche.
Mes images sont faites chez des personnes rencontrées
au hasard et qui acceptent de m'accueillir dans leur maison. Aucun critère
ni choix sont à la base des rencontres comme je ne choisie pas non plus
les objets que je photographie, je n'ai pas de préférence pour un objet.
J'enregistre ce qu'il est, les objets qui sont là et que je peux voir en
tant qu'invitée. Seuls le point de vue et le cadrage sont déterminants
pour qu'un objet ou une composition d'objets figurent dans l'image. Je ne
cherche pas à attribuer à l'objet autre chose de ce que je trouve devant
moi ni à leur prêter une nouvelle fonction par le moyen de la
photographie. Le cadrage les isole de nouveau de leur contexte spatial et
les lie par là à la main qui les a mis en place.
Le temps passé avec une personne a bien plus d'importance que la prise de
vue elle-même. Plusieurs rencontres ont parfois lieu avant de faire
l'image dans l'environnement immédiat de la personne.
En cela on peut dire peut-être que je pratique une photographie active,
un travail qui tend plutôt vers une expérience qui utilise la
photographie et qui questionne la représentation de la réalité comme
quelque chose à la fois ordinaire et complexe.
Ma position de personne enregistrant dans les
espaces de vie intérieure est toujours conditionnée et par l'accueil qui
m'est réservée et par la distance que les objets m'imposent. Je ne
cherche pas à m'approcher de très près d'un objet pour laisser exister
dans l'image le geste qui l'a mis en place. L'objet ne m'intéresse pas
pour lui même ni pour sa textualité ou sa forme et encore moins pour sa
valeur symbolique, je le photographie parce qu'il est lié à un geste
d'homme.
L'objet placé à tel ou tel endroit de la maison est pour moi issu d'un
geste qui n'est pas lié à une évidence qui s‘explique et s'analyse
d'une manière simple.
Je vois en ce geste l'existence d'un espace vital qui ne relève pas d'un
besoin de confort, d'une recherche d'affirmation sociale ou de
l'expression du goût. Avec leur air rigide et bien ordonné sans autre
intention apparente que d'être là, les objets ordinaires sont à mes
yeux une marque très discrète d'un territoire extraordinaire de l'homme.
L'objet devient sujet et c'est lui que je photographie.
Je ne conçois pas les objets comme un miroir qui refléterait la
personnalité d'une personne ou qui prêterait à une analyse valable. Je
les vois issus d'un geste dont on ne peut pas dire avec certitude par quoi
il est motivé.
L'endroit de cette incertitude est aussi celui ne permettant plus de
designer nettement la lisière entre réalité et fiction. Pas
d'histoires, pas d'affirmations dans les images, et si je compose parfois
de deux, trois ou plusieurs photographies mes propositions, ce sont là
des tentatives d'étendre un territoire sensible de l'homme à la
recherche d'une vue intérieure.
Susanne Hetzel, 2004
=>POUR VOIR DES IMAGES
- www.documentsdartistes.org/hetzel
- www.orbe.org (N° 16)
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