Centre de Culture
Européenne

Lettre d'Information n°2

 

 

 

 Abbaye Royale
17400 Saint Jean d'Angély
France
Tél. : 00 33 (0)5 46 32 60 60
Courriel : cceangely@wanadoo.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Quelques mots de Suzanne Hetzel…

Vue de l'intérieur
C’est un titre qui couvre fréquemment mes images en exposition. Il désigne un point de vue ou les choses extérieures sont parfois assez menaçantes pour ce que l'on appelle l'univers intime, mais peuvent en même temps être des éléments d'un changement possible. Il dit aussi ce que je vois dans les maisons et ce que je peux entendre d'une façon plus incertaine chez une personne. Vue depuis/à/de l'intérieur cherche dans un territoire où se manifeste (du lat. manifestus, de manus, main) un soi, et se place pour voir de quoi sont faits nos liens aux objets dans notre environnement proche.

Mes images sont faites chez des personnes rencontrées au hasard et qui acceptent de m'accueillir dans leur maison. Aucun critère ni choix sont à la base des rencontres comme je ne choisie pas non plus les objets que je photographie, je n'ai pas de préférence pour un objet. J'enregistre ce qu'il est, les objets qui sont là et que je peux voir en tant qu'invitée. Seuls le point de vue et le cadrage sont déterminants pour qu'un objet ou une composition d'objets figurent dans l'image. Je ne cherche pas à attribuer à l'objet autre chose de ce que je trouve devant moi ni à leur prêter une nouvelle fonction par le moyen de la photographie. Le cadrage les isole de nouveau de leur contexte spatial et les lie par là à la main qui les a mis en place.
Le temps passé avec une personne a bien plus d'importance que la prise de vue elle-même. Plusieurs rencontres ont parfois lieu avant de faire l'image dans l'environnement immédiat de la personne.
En cela on peut dire peut-être que je pratique une photographie active, un travail qui tend plutôt vers une expérience qui utilise la photographie et qui questionne la représentation de la réalité comme quelque chose à la fois ordinaire et complexe.

Ma position de personne enregistrant dans les espaces de vie intérieure est toujours conditionnée et par l'accueil qui m'est réservée et par la distance que les objets m'imposent. Je ne cherche pas à m'approcher de très près d'un objet pour laisser exister dans l'image le geste qui l'a mis en place. L'objet ne m'intéresse pas pour lui même ni pour sa textualité ou sa forme et encore moins pour sa valeur symbolique, je le photographie parce qu'il est lié à un geste d'homme.
L'objet placé à tel ou tel endroit de la maison est pour moi issu d'un geste qui n'est pas lié à une évidence qui s‘explique et s'analyse d'une manière simple.
Je vois en ce geste l'existence d'un espace vital qui ne relève pas d'un besoin de confort, d'une recherche d'affirmation sociale ou de l'expression du goût. Avec leur air rigide et bien ordonné sans autre intention apparente que d'être là, les objets ordinaires sont à mes yeux une marque très discrète d'un territoire extraordinaire de l'homme.
L'objet devient sujet et c'est lui que je photographie.
Je ne conçois pas les objets comme un miroir qui refléterait la personnalité d'une personne ou qui prêterait à une analyse valable. Je les vois issus d'un geste dont on ne peut pas dire avec certitude par quoi il est motivé.

L'endroit de cette incertitude est aussi celui ne permettant plus de designer nettement la lisière entre réalité et fiction. Pas d'histoires, pas d'affirmations dans les images, et si je compose parfois de deux, trois ou plusieurs photographies mes propositions, ce sont là des tentatives d'étendre un territoire sensible de l'homme à la recherche d'une vue intérieure.

Susanne Hetzel, 2004


=>POUR VOIR DES IMAGES
- www.documentsdartistes.org/hetzel
- www.orbe.org (N° 16)